Test des Vibram FiveFingers Bikila vs Sprint par Frédéric Brigaud

 

Frédéric Brigaud,

Consultant en biomécanique Humaine, Ostéopathe.DO
Auprès de sportifs de haut niveau depuis 1994

– Footballeurs (L1 France, L1 Portugal, L1 Maroc).
– Membres des équipes de France de Ski Alpin (Vitesse), de Snow board, de Ski de fond, de Ski freestyle
– Sportifs de haut niveau Golf, Tennis, Trail…

Concepteur des principes posturo-dynamiques d’Empilement Articulaire Dynamique, organisation et gestion du corps dans le mouvement, enseignés en Kinésithérapie du sport et auprès des BE Sport (Ski alpin, Tennis, Golf, Surf…)

Consultant et formateur sport/santé pour UCPA Loisir et UCPA Formation depuis 2004
Auteur d’articles sportifs et biomécaniques

Auteur d’ouvrages

FF et Barefoot running à Chamonix au mois d’octobre

Consultant en biomécanique humaine, Ostéopathe.DO et surtout Barefooter, je vis à Casablanca au Maroc et cours essentiellement pieds nus, le climat le permettant aisément. Je pratique cette technique de course aussi bien sur le sable que sur le macadam. Actuellement à Chamonix il m’est impossible comme vous pouvez vous en douter de continuer à courir nus pieds… surtout au mois d’octobre, la météo prévoyant demain de la neige à 1500 mètres ! Heureusement je viens de recevoir par la poste deux paires de FF, une paire de Bikila et une paire de Sprint. Naturellement la première chose que j’ai faite c’est de les essayer… tout en gardant un regard professionnel car j’ai l’habitude, en raison de ma pratique nus pieds, à ce que mon pied s’adapte pleinement lors de l’appui n’étant pas bloqué, comprimé, par une chaussure de running classique. Mais je vous mentirai si je vous disais que c’est comme si je ne portais rien aux pieds. Pourtant à Paris, il y a dix jours, j’ai pu essayer une paire de …(je ne me souviens pas du nom…..) et là j’ai vraiment eu la sensation de ne rien porter, de courir comme pieds nus. Je vais donc durant cette période comparer ces deux modèles aux chaussures classiques de running  en me posant la question suivante :

« quelles sont les différences fondamentales entre courir pieds nus, courir avec des FF et courir avec des chaussures de running classique ? »

Retenez que ma réflexion se construit à partir d’une pratique de la course pieds nus vers une pratique de la course chaussée alors qu’habituellement la plupart des coureurs font le cheminement inverse.

Mon souhait est de trouver des chaussures qui limitent le moins possible la biomécanique de mon pied dans la pratique du barefoot running tout en le protégeant. De ce fait, je vais chercher à savoir si les FF et comparativement les chaussures classiques limitent la biomécanique de mes pieds. Voici mes premières évaluations (perçues) après les avoir chaussés :

Niveau de mobilité : Plus le pourcentage est élevé, meilleur c’est.

Le modèle sprint permet de mobiliser davantage le pied (tel que je le définis*), le modèle Bikila est forcément un peu plus rigide ayant une semelle plus épaisse. Comparativement les chaussures de running classiques me permettent 30% de mobilité, dans les Bikila 80%, dans les Sprint 90%.

Qualité du Feedback : Pourcentage d’informations proprioceptives nous renseignant sur l’élasticité du sol lors de la prise d’appui.

Les différences sont encore plus importantes que précédemment seulement 10% pour les chaussures classiques et respectivement 90% et 95% pour les deux modèles de FF.

Sans surprise les FF sont largement devant.

*Lorsque je parle de la mobilité du pied je ne parle pas des mouvements au niveau de la cheville, mais de la mobilité entre les différentes pièces osseuses composant notre pied. Pour ceux qui portent en permanence des chaussures il est probable qu’ils leur semblent qu’en dehors des mouvements de la cheville il ne se passe pas grand-chose. Il est même possible que cela soit vrai, leurs pieds ayant perdu progressivement de la mobilité alors que ces mouvements sont fondamentaux. Heureusement pour eux ils peuvent progressivement retrouver cette mobilité (en fonction de l’âge de la personne et de ses antécédents).

Premier jour de course avec les FF Bikila à Chamonix. Le temps est maussade, il pleut par intermittence et la température extérieure est d’à peine 6°… alors qu’il fait 28° à Casablanca… A ma grande surprise le ressenti et le comportement des FF sous contraintes d’appui sont très différents de ce que j’avais pu percevoir en les chaussant hier. J’ai pu les tester sur différentes surfaces : bitume, pavés, sentier, petits graviers, herbes, piste d’athlétisme. Le niveau de mobilité sous contrainte est excellent, 95%, et le feedback s’améliore également et passe à 95%. J’ai pratiquement la sensation de courir pieds nus tout en étant correctement protégé de l’humidité et de la température du sol. Le grip est intéressant également et je le testerai davantage à vitesse plus élevée voire sur un sprint dans les jours à venir. Demain, je vais réaliser le même parcours qu’aujourd’hui et de ce fait chausser des chaussures de running classiques afin de les comparer aux FF et à la course pieds nus.

Course avec les chaussures de running classiques

En chaussant ce type de chaussure la première chose qui me soit venue à l’esprit est la technique de prise d’appui ! C’est pourquoi avant de poursuivre le comparatif il faut se rappeler qu’il existe globalement deux techniques de prise d’appui dans le plan avant/arrière. La première technique de prise d’appui, la plus courante, se situe au niveau du talon suivie d’un déroulé du pied. La seconde technique développe une prise d’appui au niveau de l’avant-pied. Dans la pratique du barefoot running la prise d’appui au niveau du talon est difficilement possible en raison de notre anatomie. Pour vous en rendre compte il vous suffit de courir pieds nus sur du goudron ou une surface toute aussi dure, une prise d’appui au niveau du talon, en plus d’être très inconfortable, deviendra rapidement douloureuse et, spontanément, au bout d’un certain temps vous passerez à une prise d’appui avant-pied. Cependant cette prise d’appui au niveau de l’avant-pied doit être considérée comme une nouvelle discipline sportive, même si vous avez l’habitude de courir, car elle sollicite différemment votre système musculo-squelettique. Si je fais cette brève mise au point c’est tout simplement parce que le port de chaussures classiques ne prédétermine pas un type de foulée alors que la FF oui. Il vous faudra également prendre en compte le temps d’adaptation de votre corps. Dès lors comprenez que ma prise d’appui se situe en permanence au niveau de l’avant-pied et pas au niveau du talon. D’autre part je ne compare pas ici les deux techniques mais le ressenti entre courir pieds nus, courir avec des FF et courir avec des chaussures classiques.

La chaussure classique ne favorise pas ou n’incite pas à une technique de prise d’appui  en particulier, à l’inverse de la FF. Le niveau de mobilité permis par la chaussure de running classique reste très réduit, aux alentours de 30%. Pour libérer au maximum le pied je dois desserrer les lacets en ne maintenant un serrage qu’au niveau du coup de pied. La perception évolue légèrement sous contrainte d’appui c’est pourquoi le feedback reste limité et une bonne partie des informations sur la dureté du sol disparait.

En conclusion, actuellement,  les FF sont les chaussures les plus appropriées pour la course pieds nus et de loin par rapport aux chaussures de running classiques. La sprint étant la plus proche de la course pieds nus par rapport au Bikila

Frédéric Brigaud.

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