Le bonheur en mouvement – Portrait de Yoann Stuck

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5 heures du matin, Yoann Stuck ajuste ses lacets, s’étire nonchalamment et referme la porte derrière lui.
Dehors, mis à part les chats du quartier, quelques oiseaux et de rares automobilistes, il n’y a personne.

Le calme qui l’accompagne durant sa sortie, contraste avec l’effervescence de la vie urbaine de ce jeune papa. C’est pour lui une joie de se lever tôt, courir jusqu’au lever du jour, et profiter des couleurs et de la lumière, qui offrent un nouvel éclairage sur des paysages familiers, que seuls les plus courageux, peuvent apprécier à leur juste valeur.

Après 20 à 30 km et un petit déjeuner en famille, il rejoint son lieu de travail, Plaine et Montagne, une boutique lyonnaise spécialisée en ski, randonnée et trail. Il finit sa journée et rentre en courant, pulvérisant le temps de référence de sa ligne de bus, en 45min, contre 55min à 1heure pour l’amas de tôle, si la circulation est dense.

C’est un parcours atypique pour un coureur qui ne l’est pas moins. Il y a 5 ans encore, ses premiers footing ne duraient pas plus d’une vingtaine de minutes. Aujourd’hui, à 31 ans il court entre 150 et 200 km chaque semaine.

Alors comment réussir à concilier une vie familiale, des obligations professionnelles, et un parcours d’athlète de haut niveau? L’organisation est la clé, selon Yoann. L’essentiel de son volume d’entrainement, il l’effectue tôt le matin afin de ne pas perturber l’équilibre familial et garder libres ses soirées. Son travail est prenant, mais il lui permet de récupérer des forces après les intenses entrainements qu’il planifie seul. Comparativement à son run matinal, sa journée de travail est une promenade de santé. Il en plaisante d’ailleurs beaucoup avec son patron.

Difficile également pour l’athlète de trouver de quoi se rassasier à Lyon, en terme de dénivelé c’est pas vraiment l’idéal comme le souligne Yoann, le comble pour un traileur. « On a les monts d’Or, sur 20km tu peux faire 1000 D+ quand même, mais ce qui est complexe, c’est de trouver des côtes super longues, du coup je suis obligé de m’entrainer différemment ». Il compense donc par beaucoup de renforcement musculaire en nature, au poids du corps, avec des squats, des jumps, du myo cross max (exercice de la chaise avec des accélérations). « J’avais un abonnement en salle, mais je ne l’ai pas renouvelé, parce que l’entrainement nature, c’est beaucoup plus ludique, et j’ai l’impression de davantage forcer. Je sors le vélo au printemps, je fais également de la piste pour travailler la vitesse et avoir des temps de référence ». Mais le plus gros morceau, ce sont des blocs de volume avec dénivelé que Yoann planifie sur un weekend, du côté de Chamonix, ou en Ardèche. « Je fais souvent l’équivalent d’une CCC en 2 jours soit 50 km par jour et 10000 D+, en solo ou avec des amis. Tout seul, c’est appréciable aussi, t’es dans ta bulle, émerveillé par la nature, tu te sens minuscule à côté de tout ça, et ça c’est vraiment génial. »

Son sens de l’organisation et sa volonté lui ont permis de façonner un palmarès impressionnant, qui ne cesse de s’étoffer.

2ème- Lyon Urban Trail by night [LYON] 24 km / 850 d+
1er – Val’lyonnaise [VAUGNERAY] 26 km / 680d+
1er – Neuf clochers [CHAZAY D’AZERGUES] 24 km / 500 d+
1er – Trail de Roche [ROCHE] 31 km / 800 d+
2ème- Trail des 3 monts [LIMONEST] 21 km / 800 d+
17ème – CCC [ COURMAYEUR CHAMPEX CHAMONIX] 102 km / 6500 d+
7ème – 6000D [AIME LA PLAGNE] 63 km / 3500 d+
35ème – Marathon du Mont Blanc SKYRUNNING WORLD CHAMPIONSHIP [CHAMONIX] 42 km / 2300 d+
STOP – Transvulcania [LA PALMA] 73 km / 4000 d+
1er – Semi des Apilles [ARLES] 21 km
2ème- Beaujolais Village Trail BVT [SAINT ETIENNE LES OULLIERES] 65 km / 3500 d+
1er – Cabornis [CHASSELAY] 40 km / 2200 d+
1er – Foulée des Monts d’or [SAINT DIDIER AU MONT D’OR] 25 km / 750 d+

Auquel il peut désormais ajouter sa 2ème place à l’Ecotrail de Paris (80km avec 1500 mètres de dénivelé) ce mois ci en 5h49mn12sec

Yoann STUCK – Ecotrail Paris 2015 from Laurent BRIERE – BEtrainedProd. on Vimeo.

Yoann puise sa motivation dans le plaisir de courir, comme en témoigne le large sourire qu’il arbore en permanence. Du haut de ses 1,83, il a plutôt la carrure d’un volleyeur ou d’un basketteur que d’un traileur. Barbe épaisse, équipement minimaliste, il ne passe pas inaperçu dans le peloton, un peu à l’image de son ancien coéquipier américain Anton Krupicka. « Si la règlementation l’autorisait en France, je courrais volontiers avec un simple short et une gourde à la main, je prends beaucoup plus de plaisir en partant léger »

Coureur raisonné, il est attentif aux signaux d’alerte que peut lui adresser son corps, n’hésite pas à annuler ou modifier son entrainement s’il ressent la moindre gêne. Avec l’expérience, il a su s’entourer des bonnes personnes, et notamment son entraineur qui bien qu’à des milliers de kilomètres, lui apporte la confiance qui peut parfois lui faire défaut, dans certains rares moments de doute.
Bien qu’il concède qu’il est parfois nécessaire de « se faire mal », de se dépasser, il n’est pas pour autant client de la rengaine No Pain No Gain. C’est en partie l’une des raisons qui a orienté son choix vers son sponsor actuel, qui lui laisse une grande latitude dans la sélection des événements auquel il participe.

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Il en est de même pour ses entrainements, « les sensations c’est le moteur de toute ma pratique, il faut être rigoureux, mais pas trop , il faut laisser aller et trouver le bon équilibre, s’il y a un manque de plaisir, si tu ne t’écoutes pas, tu risques d’anesthésier tes sensations et donc de perdre en efficacité. »

Sur le plan de l’alimentation, Yoann essaie de ne pas être dans l’excès, mais il n’a pas fait de changement radical non plus.
« Je me fais plaisir, après une longue sortie, je peux me faire une grande pizza 5 fromages à moi tout seul, je ne vais pas me gêner. Je pense qu’on se fait suffisamment mal, il faut savoir récompenser son corps aussi, parceque si tu ne le récompenses pas, je pense que c’est là qu’il va mettre des barrières en te disant: bah non là, j’arrête »
Il connait des coureurs qui pèsent leurs aliments, ce qu’il ne comprend pas vraiment. Il ne suit pas de régime particulier, il écoute ses envies, en tachant de manger plus de légumes et de fruits qu’avant son changement de mode de vie. « C’est bien de limiter le gluten, mais moi je ne conçois pas de faire un repas sans pain ou de ne plus manger de pâtes, parceque j’adore ça, et que je n’ai pas de raison objective d’en priver mon corps. Mais il est bien évident qu’une veille de course, je ne vais pas me faire une tartiflette.»

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Le partage et l’échange jouent aussi un rôle essentiel dans la réussite de Yoann, « les résultats m’encouragent à persévérer, mais ce qui me motive encore plus c’est le plaisir de courir, de faire connaître la discipline ». Il aime partager sa recette du bonheur avec le plus grand nombre, notamment grâce à son blog http://yoannstuck.blogspot.fr/ « c’est une manière de promouvoir un mode de vie, d’aider les gens à briser leur routine, déclencher une prise de conscience, pour sortir certaines personnes de leur léthargie, et les pousser vers une dynamique positive.» Il y distille sa bonne humeur communicative non sans humour et poésie, précisant « je trouve que mes articles sont beaucoup mieux rédigés quand je les fais à chaud, après une sortie ou un évènement, quand tu as encore mal aux jambes, tu en as pris plein les yeux, tes impressions sont encore intactes.»

A court terme, Yoann a prévu de s’attaquer au Trail Napoleon en Corse, au mois de Mai, la CCC (100km) début Septembre suivie, trois semaines après par l’Ultra-Trail Harricana (125km) au Canada, le long du fleuve Saint Laurent, un véritable challenge, à la hauteur de ses ambitions. En effet, à plus ou moins long terme, il compte bien fouler plus régulièrement le territoire américain pour s’attaquer à deux gros morceaux: La Leadville Trail 100 miles et la Western States 100, de 160 kilomètres toutes les deux, courses mythiques qui ont vu défiler, et parfois s’y casser les dents, les plus grand(e)s de la discipline.

« Il faut trouver du plaisir dans tout ce que tu fais » dans le trail le plaisir c’est cet état de grâce, une sorte de médication en mouvement, où tous vos sens sont en éveil, l’esprit vif et clairvoyant, les jambes et la respiration en synchronisation et où toutes émotions au gré des rencontres, des évènements, sont d’une rare intensité.

En voyant avec quelle aisance, et quel plaisir il avale les kilomètres, on ne peut s’empêcher de se dire que ce gars a compris un truc qui nous a échappé, et on a envie de lui dire: Keep Running Bro’, tu tiens le bon bout !

 

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Une réponse

  1. DRUAIS dit :

    Bel article qui donne envie de courir ! dommage que mon dos ne me laisse pas tranquille !
    Pascal se Rumilly

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